
Par Véronique Vuillemin, Président de l'association Carquefou autrement énergie citoyenne
Il y a quelque chose de vertigineux dans cette mécanique : on détruit ici, on promet de réparer ailleurs, et l’on appelle cela « l’absence de perte nette de biodiversité ».
Sur le papier, la formule rassure. Dans l’entretien conduit par Marylise Couraud paru dans le OF du 02 octobre https://www.ouest-france.fr/.../les-travaux-du-cra...
l’écologue Philippe Grandcolas rappelle pourtant une réalité moins confortable : la compensation n’est ni une addition de surfaces ni un transfert instantané de nature. Elle prend des décennies, coûte cher, exige un suivi rigoureux et, trop souvent, n’atteint pas ses objectifs.
À cette lumière, le refus de la majorité municipale de Carquefou de reporter sa décision sur le Bois Saint-Lys prend un relief particulier. L’opposition ne contestait pas nécessairement le principe d’une renaturation ; elle demandait du temps face à un projet encore jugé flou, à une convention de plus de trente ans et à une concertation arrivée tardivement.
La majorité, elle, défend dans l'urgence la restauration d’un site dégradé, sans coût pour la commune, notamment confronté aux cyanobactéries et à l’érosion des berges. Ces arguments méritent d’être entendus. Mais ils ne dispensent pas d’examiner ce que la précipitation fait perdre au débat public.
Car le paradoxe est là : on invoque le temps long de la nature pour justifier un engagement de plusieurs décennies, tout en refusant quelques semaines supplémentaires pour éclairer la décision. On explique que les futurs usages du site seront construits avec les Carquefoliens, mais on vote avant la réunion publique annoncée pour les présenter pleinement. La compensation écologique demande de la patience ; la démocratie locale aussi.
Le véritable sujet n’est donc pas de choisir entre les étangs d’aujourd’hui et la zone humide de demain, ni de nier l’état préoccupant du Bois Saint-Lys. Il est de savoir si un espace public apprécié peut devenir le support de compensations liées à plusieurs projets (dont le futur CRA de Nantes) sans que les habitants disposent, avant le vote, des études, des garanties et des marges de discussion nécessaires. Restaurer un milieu naturel est une ambition légitime. Transformer cette ambition en fait accompli l’est beaucoup moins.
La nature n’est pas interchangeable ; la parole citoyenne non plus. Au Bois Saint-Lys, prendre le temps de convaincre n’aurait pas retardé l’écologie : cela lui aurait donné une assise démocratique.